Vous voyez qu’ils tiennent à nous !
Le marché n’a jamais autant recruté. Les fiches de poste, elles, ont beaucoup maigri.
Deux mille trois cents offres en trois mois sur les principaux sites d’emploi, pour une même famille de métiers : « chef de projet éditorial », « responsable de production de contenus », « content lead ». À la lecture des missions, un point commun se dégage. Il s’agit, dans tous les cas, de formuler des demandes.
Les compétences attendues ont suivi. On y trouve « capacité à reformuler une consigne », « aisance à l’oral avec les parties prenantes » et, de plus en plus fréquemment, « savoir attendre ».
« Le vrai savoir-faire, c’est de savoir dire : refais-le, mais en mieux. Et de savoir quand s’arrêter. »
« Le vrai savoir-faire, c’est de savoir dire : refais-le, mais en mieux », explique une recruteuse spécialisée que nous avons entièrement imaginée. « Et surtout de savoir quand s’arrêter. Un junior relance quinze fois. Un senior sait qu’à la troisième, c’était bon. »
Le processus de recrutement s’est adapté. Le test technique consiste désormais à rédiger un brief. Les candidats qui rédigent ce brief avec une intelligence artificielle sont écartés. Le motif figure noir sur blanc dans les grilles d’évaluation : « absence de valeur ajoutée ».
Les salaires, eux, se tiennent : entre 38 000 et 46 000 € pour un profil de trois ans d’expérience. Une agence lyonnaise a tenté de recruter à 32 000 € en mettant en avant « un poste où l’essentiel du travail est déjà fait ». Elle n’a reçu aucune candidature.
L’annonce la plus partagée du trimestre reste celle d’un groupe de conseil parisien, dont le dernier paragraphe promettait « une vraie place à l’intelligence humaine ». Le texte avait été généré, puis réécrit par une stagiaire pour qu’il ait l’air humain, puis repassé à la machine pour vérifier qu’il avait bien l’air humain.
LEAKHORN est un média parodique. Tous les articles publiés sur ce site sont fictifs : les situations, les chiffres et les citations sont inventés à des fins satiriques. Lorsqu’il y est fait référence à des personnes, des marques ou des entreprises réelles, il s’agit de parodie — aucun propos ni aucun fait rapporté ici ne leur est réellement imputable.