Vous voyez qu’ils tiennent à nous !
Le communiqué d’excuses est devenu un genre littéraire. Comme tout genre littéraire, il a désormais ses faussaires, et ses correcteurs automatiques.
Il y a, dans le communiqué d’excuses contemporain, une mécanique si stable qu’on pourrait la breveter. Un rappel du contexte. Une reconnaissance graduée. Un « je mesure pleinement ». Une projection vers l’avenir. Et, quelque part dans le troisième paragraphe, la formule qui fait tout le travail : « c’était une autre époque ».
C’est cette régularité qui intrigue Yannis Delcourt, 29 ans, développeur à Nantes, qui tient depuis 2024 un tableur de 900 lignes recensant les communiqués publiés en France par des personnalités en difficulté. Il y a ajouté l’an dernier trois colonnes : nombre de tirets cadratins, présence d’une énumération à trois termes, et occurrence du verbe « mesurer ».
« Avant 2024, on tombait sur des fautes. Maintenant on tombe sur des structures. »
« Avant 2024, on tombait sur des fautes, des phrases qui partaient de travers, des trucs écrits à 2 heures du matin par quelqu’un de paniqué », explique-t-il. « Maintenant on tombe sur des structures. C’est propre. C’est équilibré. Ça ne ressemble plus à quelqu’un qui a mal dormi. »
Sollicitée par LEAKHORN, l’intelligence artificielle Claude n’a ni confirmé ni infirmé avoir participé à la rédaction d’un quelconque communiqué, précisant qu’elle ne conservait aucun souvenir de ses conversations. Une réponse que M. Delcourt a immédiatement ajoutée à son tableur, colonne « esquive élégante ».
Reste une hypothèse plus embarrassante, formulée par une correctrice contactée dans la même journée : et si la machine n’avait rien inventé ? « Elle a appris sur nos communiqués à nous », remarque-t-elle. « Si ses excuses sonnent faux, c’est peut-être qu’elle a très bien appris. »
Il aurait privilégié cet angle au détriment de « On ne peut plus rien dire ».
Voir sur InstagramArticle satirique. LEAKHORN n’attribue aucun propos réel aux personnes mentionnées et n’a procédé à aucune vérification, ce qui est la base du métier que nous n’exerçons pas.